Ballon d’or 2015 : quel que soit le lauréat, le vote aura été biaisé… mais juste le 12/01/2016

QUE LE VAINQUEUR SOIT MESSI, RONALDO OU NEYMAR, COMMENT SERA ÉLU LE BALLON D’OR 2015 ? UNE ÉQUIPE D’ÉCONOMISTES*, DONT OLIVIER GERGAUD, PROFESSEUR À KEDGE BS, A RÉALISÉ UNE ÉTUDE DÉMONTRANT QUE LES VOTES POUR L’ÉLECTION DU BALLON D’OR PEUVENT ÊTRE BIAISÉS SELON DIFFÉRENTS DEGRÉS DE PROXIMITÉS ENTRE LES VOTANTS ET LES 23 JOUEURS PRÉ‐SÉLECTIONNÉS.

« Comme nous l'avons expliqué dans l'article du quotidien L'Equipe paru dimanche, notre objectif était de mesurer le poids de critères non liés à la performance sportive du joueur et de vérifier que le vote FIFA Ballon d'Or était juste et exempt de biais, explique Olivier GERGAUD. Nous verrons ce soir à 18h30 si le résultat n'est pas trop serré. S'il l'est comme l'an dernier pour les places d'honneur, alors il faudra analyser en détails, scientifiquement, si Lionel Messi, grand favori à quelques heures du scrutin, mérite bel et bien ses lauriers ! »

Olivier Gergaud, professeur à Kedge BS

Associé à la FIFA depuis 2010, le Ballon d'Or créé par France Football est depuis cette date décerné par les capitaines des équipes nationales, les sélectionneurs et des journalistes qui affectent respectivement 5, 3 et 1 points à leurs trois joueurs préférés.

Tous les votes étant rendus publics, les chercheurs ont analysé les CV des 23 candidats et des votants sur six critères : pays représenté, nationalité, continent d'origine, compétitions disputées, position sur le terrain et âge. Tous les scrutins depuis 2010 (cinq), soit 2470 votes ont ainsi été examinés (820 votes de capitaines, 822 de sélectionneurs et 828 de journalistes).

Pour chacun des « liens » identifiés entre votants et candidats (par exemple, même nationalité ou même équipe nationale), les auteurs ont comparé les votes réels à ce qu'ils auraient été si les votants s'étaient exprimé de façon aléatoire.

Il apparaît que certains des « liens » entre votants et candidats expliquent bien des votes. Les électeurs sont ainsi quatre fois plus enclins à voter pour des joueurs représentant leur sélection ou leur club (x3.79 en moyenne pour les deux critères) et trois fois plus susceptibles de voter pour un candidat de la même nationalité (x3.23).

Ce résultat n'est pas si surprenant. L'an dernier, le sélectionneur du Portugal, la sélection de Cristiano Ronaldo, n'a pas placé Lionel Messi parmi ses trois choix. Celui de l'Argentine a voté pour trois Argentins et le sélectionneur allemand a choisi trois joueurs de son pays...
Les chercheurs notent également que les votants sont moins enclins à voter pour les candidats qui jouent au même poste qu'eux ou pour les candidats qui sont plus âgés qu'eux. Etre originaire du même continent ou jouer la même compétition nationale ne semble pas en revanche affecter le vote.

L'impact sur le vote final reste limité
Pour autant, si effectivement les électeurs favorisent en tendance les joueurs de leur sélection ou de leur club, et, à un degré (à peine) moindre, les joueurs partageant la même nationalité qu'eux, et même si la proportion d'électeurs «partiaux» est importante, l'impact sur le décompte final est relativement faible puisque tous les candidats en auront plus ou moins le même nombre.

Cela est vrai que ce soit pour le critère de la sélection -  chaque pays est représenté par trois votants, tous les candidats ont donc au maximum trois votants «liés» (deux seulement si le sélectionneur est étranger) -, ou pour la nationalité - entre le moins « lié » des candidats sur ce critère de la nationalité (1 lien avec les votants) et le plus « lié » (12), il n'y aurait, au final, qu'une seule voix de retard pour le moins lié.

Les auteurs de l’étude concluent donc que le vote pour le Ballon d'Or est en effet biaisé mais demeure juste... sauf dans le cas où le scrutin est serré. C'était le cas l'an dernier (Ballon d'Or 2014) : Cristiano Ronaldo l'avait largement emporté avec 37,66% des votes, devant Messi (15,76%) et Neuer (15,72%). Pour corriger ce biais, les chercheurs recommandent de s’inspirer du concours de l'Eurovision où un pays ne peut pas voter pour le chanteur le représentant.

"Biases in Voting for the FIFA Best Player Award" ‐ Décembre 2015 ‐ Tom Coupé (Kiev School of Economics), Olivier Gergaud (KEDGE Business School et LIEPP – Sciences Po) et Abdul Noury (New York University Abu Dhabi)
https://sites.google.com/a/kse.org.ua/tcoupe/football-papers​

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