#ODD 11-La livraison du dernier kilomètre : un défi clé pour des villes durables-Les 17 ODD vus par les professeurs de KEDGE

23/07/2026
La livraison du dernier kilomètre désigne le dernier tronçon parcouru par un colis entre sa plateforme logistique d'arrivée et son destinataire final.
C'est le terrain de recherche et d'enseignement d'Anicia Jaegler, professeure à KEDGE Business School et Doyenne associée à la Durabilité et à l'Inclusivité.

Ce segment, apparemment court, concentre les principaux impacts environnementaux, sociaux et urbains du e-commerce : congestion, émissions de CO2, conditions de travail des livreurs et prolifération des emballages. Avec 3,48 milliards d'e-acheteurs dans le monde en 2021 et une urbanisation mondiale qui dépassera 70 % d'ici 2050, repenser cette logistique urbaine est devenu un enjeu central de l'ODD 11 — Villes et Communautés Durables. 

Découvrez la série : les 17 ODD vus par les professeurs de KEDGE

Cette vidéo fait partie d'une série complète produite par KEDGE : 17 vidéos, 17 objectifs, portés par les professeurs-chercheurs de l'école. Chaque épisode explore un ODD à travers le prisme de la recherche et de l'engagement pédagogique.

E-commerce et pollution : ce que révèle la dernière étude de l'ADEME 

Selon l'ADEME, les trois principales sources de pollution liées au e-commerce sont les emballages, les moyens de transport et les comportements des consommateurs. Un triptyque qui résume à lui seul la complexité du problème : chaque commande en ligne mobilise une chaîne entière de ressources, bien au-delà du simple trajet de livraison. 

C'est ce constat, ancré dans les données les plus récentes, qu'Anicia Jaegler pose en ouverture de sa vidéo dédiée à l'ODD 11. Chercheuse spécialisée en supply chain durable, elle collabore notamment avec le think tank The Shift Project sur ces enjeux. En 2021, 3,48 milliards de personnes dans le monde ont effectué des achats en ligne — et ce chiffre continue de progresser. À cette échelle, même un gain marginal d'efficacité sur chaque livraison représente un impact environnemental considérable. 

L'ODD 11 : pourquoi nos villes ne sont pas prêtes 

Cet objectif vise à faire en sorte que les modes de vie urbains soient sûrs, résilients et durables. Il constitue le cadre international de référence pour penser la ville de demain — ses infrastructures, ses mobilités, ses inégalités. 

L'urgence est démographique autant qu'environnementale. D'ici 2050, plus de 70 % de la population mondiale vivra en ville. Or les métropoles actuelles ne sont pas conçues pour absorber les flux logistiques générés par la croissance du commerce en ligne, ni pour répondre aux défis sociaux et climatiques qui s'intensifient.

C'est ce cadre qu'Anicia Jaegler mobilise pour articuler logistique, urbanisme et développement durable — trois dimensions qu'elle traite conjointement dans ses travaux de recherche et dans ses enseignements à KEDGE. 

Le dernier kilomètre : le maillon le plus polluant de la chaîne 

Le dernier kilomètre est le tronçon final parcouru par un colis entre sa plateforme logistique d'arrivée et le domicile du destinataire. Court en distance, il est disproportionnellement coûteux en émissions et en ressources. 

Anicia Jaegler identifie trois niveaux d'impact simultanés : 

  • Congestion urbaine : la multiplication des véhicules de livraison aggrave les embouteillages dans les centres-villes. 
  • Santé publique : les émissions polluantes des moteurs thermiques dégradent la qualité de l'air pour les habitants. 
  • Climat : chaque livraison génère des émissions de CO2 qui s'accumulent à l'échelle des milliards de colis livrés chaque année. 

C'est précisément parce que ce maillon concentre autant d'enjeux qu'il est devenu le terrain principal d'innovation de la logistique urbaine durable — et l'un des axes centraux des recherches d'Anicia Jaegler. 

Des solutions concrètes pour décarboner la livraison urbaine 

Anicia Jaegler s'appuie sur des cas réels pour illustrer que la transformation de la logistique urbaine est déjà en marche. Cette approche par l'exemple concret est au cœur de sa démarche pédagogique et de ses travaux. 

IKEA a choisi la voie fluviale : l'enseigne utilise des barges sur la Seine pour acheminer ses produits au cœur de Paris, avant de recourir à des véhicules électriques pour la livraison finale. À Zurich, une partie des livraisons urbaines s'effectue en tramway, sur des créneaux hors heures de pointe — le réseau de transport public devient ainsi un outil logistique, sans investissement d'infrastructure supplémentaire. 

Dans la ville elle-même, d'autres modes émergent : le vélo cargo, le drone et le robot autonome constituent des alternatives viables pour les livraisons courtes. Chacun répond à des contraintes différentes — gabarit, distance, densité urbaine — et s'inscrit dans une palette de solutions complémentaires plutôt qu'universelles. 

Emballages et comportements : les autres leviers oubliés 

Les emballages représentent une source de pollution souvent sous-estimée. Au-delà des déchets qu'ils génèrent directement, ils induisent des transports supplémentaires et des processus de recyclage énergivores. Anicia Jaegler souligne une double priorité : développer des emballages réutilisables — comme les colis Hipli ou les pratiques déjà adoptées sur des plateformes comme Vinted — et éviter le suremballage à la source

Le comportement des consommateurs joue un rôle tout aussi déterminant. Selon les opérateurs logistiques, 40 % des premières tentatives de livraison échouent faute de destinataire présent. Chaque échec génère un retour, puis une nouvelle tournée — autant d'émissions supplémentaires évitables. La réponse implique une action coordonnée : aux acteurs du e-commerce de proposer des alternatives adaptées (livraison sur rendez-vous, lockers, points relais, délais flexibles), et aux consommateurs de choisir un mode de livraison raisonnable et responsable. 

La dimension sociale : livreurs, précarité et urbanisme à repenser 

La transition vers une logistique urbaine durable ne peut pas faire l'économie de sa dimension sociale — et c'est l'un des angles distinctifs du regard qu'Anicia Jaegler porte sur ces enjeux. Le phénomène d'ubérisation a profondément reconfiguré le secteur de la livraison, en créant une nouvelle forme de précarité pour les livreurs du dernier kilomètre. Statuts hybrides, revenus variables, absence de protection sociale : les conditions de travail de ces acteurs essentiels restent largement insuffisantes. 

La réponse passe aussi par l'urbanisme. L'essor du vélo cargo crée de nouveaux usages — mais aussi de nouvelles tensions sur des pistes cyclables sous-dimensionnées. Les plans d'aménagement urbain doivent anticiper ces besoins : élargissement des infrastructures cyclables, création d'abris et de sanitaires pour les livreurs, adaptation de la réglementation. Penser la ville durable, c'est penser conjointement les flux de marchandises, les conditions humaines qui les rendent possibles et les espaces publics qui les accueillent. 

Le Révélateur : quand les ODD entrent dans l'oral d'admission

L'engagement de KEDGE envers les Objectifs de Développement Durable ne commence pas après l'admission — il commence dès l'entretien de personnalité. Depuis 2024, les oraux d'admission du Programme Grande École s'organisent autour d'un dispositif inédit : le Révélateur.
Conçu pour révéler le potentiel et les qualités uniques de chaque candidat, le Révélateur structure l'entretien de 30 minutes autour d'un jeu de cinq cartes tirées au sort :

  • La carte Trait d'union — détermine l'un des 17 ODD auquel le candidat devra faire référence tout au long de l'entretien.
  • La carte Autoportrait — un mot pour guider la présentation du parcours personnel, en 3 minutes.
  • La carte Trait de pensée — une affirmation à défendre ou contredire, avec invitation à établir des liens avec l'ODD tiré.
  • La carte Trait d'action — un verbe d'action pour proposer des idées concrètes et originales en lien avec l'ODD.
  • La carte Trait d'esprit — un court paradoxe à explorer, qui révèle réactivité, adaptabilité et vivacité d'esprit.   

FAQ : vos questions sur la livraison durable et l'ODD 11 

Qu'est-ce que le dernier kilomètre en logistique ?

Le dernier kilomètre désigne le tronçon final du transport d'un colis, entre sa plateforme logistique d'arrivée et le domicile du destinataire. C'est le segment le plus complexe et le plus coûteux de la chaîne de livraison, tant sur le plan économique qu'environnemental. 

Pourquoi la livraison en e-commerce est-elle polluante ?

Selon l'ADEME, les trois principales sources de pollution du e-commerce sont les emballages, les modes de transport utilisés et les comportements des consommateurs. La multiplication des tournées, les emballages à usage unique et les livraisons ratées — 40 % des premières tentatives — amplifient l'impact environnemental global. 

Comment réduire l'impact environnemental des livraisons ?

Plusieurs leviers existent : adopter des véhicules électriques ou des modes doux (vélo cargo, tramway, barges fluviales), développer les emballages réutilisables, mutualiser les tournées et encourager les consommateurs à choisir des modes de livraison regroupés ou en points relais. 

Qu'est-ce que l'ODD 11 et que dit-il sur les villes durables ?

L'ODD 11 — "Villes et Communautés Durables" — est l'un des 17 Objectifs de Développement Durable définis par les Nations Unies. Il vise à rendre les villes sûres, résilientes et durables d'ici 2030, dans un contexte où plus de 70 % de la population mondiale vivra en zone urbaine d'ici 2050. 

Quels sont les modes de livraison les plus écologiques en ville ?

Les solutions les plus prometteuses combinent logistique fluviale (barges), transport en commun hors heures de pointe (tramway), véhicules électriques pour la livraison finale, et modes doux comme le vélo cargo, le drone ou le robot autonome. Aucune solution n'est universelle : la pertinence dépend de la densité urbaine, des infrastructures existantes et du volume à livrer. 

Que peuvent faire les consommateurs pour des livraisons plus durables ?

Choisir un mode de livraison adapté à sa disponibilité (locker, point relais, livraison sur rendez-vous), éviter les retours inutiles, privilégier les emballages réutilisables et regrouper ses commandes sont autant de gestes concrets à portée de tous.