Pour les entreprises, cet objectif n'est pas une contrainte périphérique : l'océan structure 90 % du commerce mondial, soutient 57 millions d'emplois dans la pêche et régule les équilibres climatiques dont dépend l'ensemble de l'économie.
Découvrez la série : les 17 ODD vus par les professeurs de KEDGE
Cette vidéo fait partie d'une série complète produite par KEDGE : 17 vidéos, 17 objectifs, portés par les professeurs-chercheurs de l'école. Chaque épisode explore un ODD à travers le prisme de la recherche et de l'engagement pédagogique.
L'océan, une infrastructure invisible au cœur de l'économie mondiale
L'océan n'est pas un simple décor de la vie économique : il en est l'une des infrastructures fondamentales. Il produit la moitié de l'oxygène que nous respirons, constitue le plus grand écosystème de la planète et représente une source de nourriture essentielle pour des milliards de personnes. Jusqu'à présent, il a également joué un rôle d'amortisseur climatique majeur, absorbant 25 % du CO₂ et 90 % de la chaleur générés par l'activité humaine, ainsi qu'environ 17 millions de tonnes de déchets plastiques par an.
Mais cette capacité d'absorption a atteint ses limites.
Le réchauffement de l'eau, l'acidification et la pollution — toutes issues de l'activité humaine — perturbent aujourd'hui les équilibres biogéochimiques marins. Ces perturbations ne restent pas isolées : elles s'inscrivent dans des boucles de rétroaction. L'océan ne joue plus seulement un rôle d'amortisseur ; il devient lui-même source d'aggravation. Il émet désormais du protoxyde d'azote, un gaz à effet de serre 300 fois plus puissant que le CO₂.
Les conséquences sont également sanitaires et sociales. L'ingestion de microplastiques nuit aux organismes marins qui entrent dans les chaînes alimentaires humaines. Certaines filières de surpêche industrielle sont associées à des violations documentées des droits humains.
Quelques chiffres pour mesurer l'ampleur des enjeux :
- 57 millions d'emplois dans la pêche marine à l'échelle mondiale
- Plus de 50 % des populations des pays les moins avancés dépendent de la pêche comme principale source de protéines
- Près de 3 milliards de dollars de PIB mondial générés par les activités liées aux océans
- Plus de 3 milliards de personnes qui en dépendent directement pour vivre
Une dépendance systémique : quand l'économie mondiale repose sur l'océan
L'océan fonctionne comme une plateforme écologique et logistique globale. Il soutient trois types de flux indispensables à l'économie mondiale : des flux biologiques qui alimentent les systèmes alimentaires, des flux énergétiques qui régulent la température de la planète, et des flux économiques puisque près de 90 % du commerce mondial transite par des routes maritimes.
Quand une infrastructure critique se dégrade, ce sont l'ensemble des systèmes productifs qui deviennent vulnérables. L'océan ne fait pas exception. Les décisions d'extraction de ressources, d'organisation du transport maritime ou de structuration de la production alimentaire ont des effets directs sur sa capacité à soutenir l'économie mondiale sur le long terme. Ce sont des décisions économiques et organisationnelles — et à ce titre, elles relèvent du champ de responsabilité des managers.
Trois niveaux d'action pour les entreprises : macro, méso, micro
Les entreprises ne sont pas seulement une partie du problème de dégradation des océans : elles sont une partie essentielle de la solution. Cela implique d'intervenir à trois niveaux distincts, que les professeures Lesur-Irichabeau et Ratsimandresy détaillent dans la vidéo.
Au niveau macroéconomique : cadres réglementaires et avantage du first mover
Le niveau macro désigne l'environnement institutionnel et réglementaire dans lequel opèrent les entreprises. Les organisations doivent aujourd'hui intégrer les cadres réglementaires internationaux et nationaux relatifs à la protection des océans. L'accord sur la biodiversité au-delà des juridictions nationales, par exemple, est entré en vigueur en 2026. Dans le secteur de la pêche, de nombreux écolabels et standards de durabilité existent — mais une grande partie manque de transparence ou n'est pas alignée avec des critères scientifiques rigoureux.
C'est précisément là qu'un avantage stratégique se dessine. Les entreprises qui choisissent de participer activement à l'élaboration de standards plus exigeants ne se contentent pas d'anticiper la réglementation : elles contribuent à la définir. L'avantage du first mover, théorisé par Michael Porter, montre que les entreprises qui s'engagent en premier dans la définition des règles du jeu sur un marché peuvent influencer les standards futurs et construire un avantage compétitif durable.
Au niveau mésoéconomique : repenser les chaînes d'approvisionnement
Le niveau méso concerne les chaînes d'approvisionnement globales et les filières sectorielles. Certaines sont directement liées aux océans : la chaîne de valeur des produits de la mer, bien sûr, mais aussi celle de la construction, qui dépend fortement de l'extraction de sable marin utilisé dans le béton, ou encore le tourisme côtier, qui dégrade les récifs coralliens lorsqu'il n'est pas régulé.
Les liens indirects sont tout aussi réels. La logistique maritime structure les échanges mondiaux. Les systèmes industriels dépendants des hydrocarbures offshore sont exposés aux mêmes vulnérabilités. Intégrer des approches d'économie circulaire dans les chaînes d'approvisionnement — écoconception, boucles logistiques de retour, recyclabilité — permet de limiter les flux de déchets qui finissent dans les océans.
Au niveau microéconomique : le manager au cœur des décisions
Le niveau micro est celui de la décision individuelle. Le rôle du manager est ici déterminant, car ce sont ses choix — choix de fournisseur, conception produit, décisions d'investissement — qui structurent concrètement l'empreinte de l'entreprise sur les océans. À cette échelle, il n'existe pas d'opposition entre rationalité économique et éthique environnementale.
Gabrielle Lesur-Irichabeau : l'économie maritime au service de la durabilité
Gabrielle Lesur-Irichabeau apporte à la compréhension de l'ODD 14 une perspective rare dans le monde des grandes écoles : celle d'une économiste formée à la fois à l'analyse des ressources naturelles et aux réalités du secteur maritime.
Titulaire d'un doctorat en sciences économiques de l'université de Bordeaux (2011), elle a consacré sa thèse à l'analyse du lien de dépendance entre l'environnement naturel et l'activité économique — une question qui préfigure directement les enjeux de l'ODD 14. Elle a ensuite approfondi cette expertise lors d'un post-doctorat à l'IFREMER, au sein de l'unité d'économie maritime, où ses travaux ont mis en évidence le rôle des relations interpersonnelles acheteur-vendeur dans la valeur des transactions dans les filières maritimes.
Ses domaines d'expertise couvrent la RSE, l'économie de l'environnement et des ressources naturelles, ainsi que l'évaluation marchande et non-marchande par modélisation économétrique. Elle enseigne à KEDGE depuis 2015, en économie et en RSE & Développement Durable.
Anne Ratsimandresy : l'économie circulaire pour transformer les supply chains
L'économie circulaire est souvent présentée comme une alternative à l'économie linéaire. Anne Ratsimandresy va plus loin : elle étudie les conditions concrètes qui permettent — ou qui freinent — son déploiement au sein des réseaux d'approvisionnement, avec une attention particulière aux pressions qu'exercent les chaînes logistiques sur les ressources naturelles, dont les ressources marines .
Professeure assistante à KEDGE, elle a soutenu sa thèse de doctorat à l'ESCP Business School en 2023 . Ses recherches portent sur la facilitation de l'économie circulaire dans les supply chains, les pratiques collaboratives entre parties prenantes diverses et la proximité inter-organisationnelle. Autrement dit : comment des acteurs d'industries différentes peuvent-ils coopérer pour fermer les boucles de matières et réduire les déchets qui finissent dans les océans ?
Son intervention dans la vidéo ODD 14 donne corps à ce que la pensée systémique signifie au niveau méso : comprendre qu'une chaîne d'approvisionnement qui intègre des principes circulaires ne produit pas seulement moins de déchets — elle contribue activement à la préservation des écosystèmes marins dont elle dépend.
Le Révélateur : quand les ODD entrent dans l'oral d'admission
L'engagement de KEDGE envers les Objectifs de Développement Durable ne commence pas après l'admission — il commence dès l'entretien de personnalité. Depuis 2024, les oraux d'admission du Programme Grande École s'organisent autour d'un dispositif inédit : le Révélateur.
Conçu pour révéler le potentiel et les qualités uniques de chaque candidat, le Révélateur structure l'entretien de 30 minutes autour d'un jeu de cinq cartes tirées au sort :
- La carte Trait d'union — détermine l'un des 17 ODD auquel le candidat devra faire référence tout au long de l'entretien.
- La carte Autoportrait — un mot pour guider la présentation du parcours personnel, en 3 minutes.
- La carte Trait de pensée — une affirmation à défendre ou contredire, avec invitation à établir des liens avec l'ODD tiré.
- La carte Trait d'action — un verbe d'action pour proposer des idées concrètes et originales en lien avec l'ODD.
- La carte Trait d'esprit — un court paradoxe à explorer, qui révèle réactivité, adaptabilité et vivacité d'esprit.
Questions fréquentes sur l'ODD 14 et le rôle des entreprises
Qu'est-ce que l'ODD 14 et pourquoi concerne-t-il les entreprises ?
L'ODD 14 — Vie aquatique — est l'un des 17 Objectifs de Développement Durable de l'Agenda 2030 des Nations Unies. Il vise à conserver et exploiter durablement les océans, les mers et les ressources marines. Il concerne les entreprises parce que l'océan est une infrastructure critique de l'économie mondiale : 90 % du commerce mondial transite par des routes maritimes, et plus de 3 milliards de personnes en dépendent directement.
Quel rôle les entreprises jouent-elles dans la préservation des océans ?
Les entreprises interviennent à trois niveaux. Au niveau macro, elles peuvent intégrer les cadres réglementaires et participer à l'élaboration de standards de durabilité plus exigeants. Au niveau méso, elles peuvent repenser leurs chaînes d'approvisionnement pour réduire les pressions sur les ressources marines et limiter les flux de déchets. Au niveau micro, chaque manager peut faire des choix de fournisseurs, de conception produit et d'investissement qui réduisent concrètement l'empreinte de l'entreprise sur les océans.
Comment intégrer l'ODD 14 dans une stratégie RSE d'entreprise ?
L'intégration de l'ODD 14 dans une stratégie RSE passe d'abord par une cartographie des dépendances de l'entreprise vis-à-vis des ressources marines — directes (produits de la mer, transport maritime) et indirectes (extraction de sable, logistique offshore). Elle suppose ensuite d'identifier les leviers d'action à chaque niveau : conformité réglementaire, transformation des chaînes d'approvisionnement, écoconception et économie circulaire.
Qu'est-ce que la pensée systémique appliquée aux enjeux marins ?
La pensée systémique consiste à comprendre les interconnexions entre écosystèmes marins, systèmes économiques et chaînes d'approvisionnement globales, plutôt que d'analyser chaque élément isolément. Appliquée aux enjeux de l'ODD 14, elle implique de prendre en compte les impacts directs, indirects et les boucles de rétroaction, et de construire des réponses qui associent acteurs publics, privés, à but lucratif et non lucratif . C'est une compétence centrale pour tout manager confronté à des enjeux de durabilité.
En quoi les chaînes d'approvisionnement sont-elles liées à la santé des océans ?
Certaines filières sont directement dépendantes des ressources marines : produits de la mer, construction (sable marin), tourisme côtier. D'autres le sont indirectement via la logistique maritime ou les systèmes industriels dépendants des hydrocarbures offshore. Dans tous les cas, les pratiques d'approvisionnement, de transport et de gestion des déchets ont un impact mesurable sur les écosystèmes marins. Intégrer l'économie circulaire dans la supply chain — écoconception, boucles de retour, recyclabilité — est l'un des leviers les plus efficaces pour réduire cet impact.