#ODD 15 Vie terrestre : Biodiversité, écosystèmes et stratégie d'entreprise par Natalia Yakovleva, Directrice d’un centre de recherche à KEDGE

17/09/2026
La vie terrestre est une ressource non renouvelable. Face à une extraction mondiale de ressources qui devrait doubler d'ici 2060, la question n'est plus de savoir si l'humanité continuera à exploiter les sols — mais comment elle le fait, et qui en paie le prix. À KEDGE Business School, cette question est au cœur des travaux de Natalia Yakovleva, dont les recherches sur les industries extractives éclairent les enjeux critiques de l'ODD 15.

Découvrez la série : les 17 ODD vus par les professeurs de KEDGE

Cette vidéo fait partie d'une série complète produite par KEDGE : 17 vidéos, 17 objectifs, portés par les professeurs-chercheurs de l'école. Chaque épisode explore un ODD à travers le prisme de la recherche et de l'engagement pédagogique.

Pourquoi l'ODD 15 est un enjeu de gouvernance avant tout

L'Objectif de Développement Durable n° 15 — "Vie terrestre" — vise à protéger, restaurer et promouvoir l'utilisation durable des écosystèmes terrestres. Il concerne directement les forêts, les zones humides, les sols, la biodiversité et les communautés qui en dépendent.

Pour Natalia Yakovleva, le diagnostic est sans appel : la dégradation des terres et la perte de biodiversité ne sont pas des fatalités écologiques. Ce sont, avant tout, les conséquences de défaillances humaines — réglementaires, organisationnelles et décisionnelles. 

"Mes recherches montrent constamment que les résultats environnementaux sont aussi des résultats de gouvernance : la dégradation des terres et la perte de biodiversité sont le résultat de défaillances de la régulation publique et des entreprises, d'irresponsabilité des entreprises et de décisions non inclusives." 

Cette perspective est centrale dans l'approche de KEDGE : comprendre la durabilité environnementale, c'est comprendre les systèmes de pouvoir, les pratiques d'entreprise et les mécanismes de régulation qui façonnent l'usage des terres à l'échelle mondiale.

Industries extractives : une dépendance croissante et mal gouvernée

Les industries minières, pétrolières et gazières sont au cœur des recherches de Natalia Yakovleva. Ces secteurs transforment directement les paysages — par des exploitations à ciel ouvert ou souterraines — en perturbant la biodiversité, les systèmes hydriques, les sols et les modes de vie des communautés locales sur le long terme. 

Paradoxe de notre époque : alors que la transition énergétique et l'automatisation sont présentées comme des solutions climatiques, elles amplifient en réalité notre dépendance aux minerais. Véhicules électriques, infrastructures urbaines, équipements hospitaliers — tous nécessitent des ressources extraites du sol. 

L'extraction de ressources vierges va donc se poursuivre. La question n'est pas de l'arrêter, mais de la gouverner.
C'est précisément là qu'intervient la recherche académique : analyser comment les entreprises interprètent les politiques environnementales, dialoguent — ou non — avec les communautés autochtones, et répondent aux pressions socio-écologiques croissantes. 

Le rôle des peuples autochtones : justice sociale et droits fonciers

L'une des dimensions les plus critiques de l'ODD 15, souvent négligée dans les débats économiques, concerne les peuples autochtones. Ils entretiennent un lien culturel et spirituel profond avec la terre, disposent de connaissances écologiques traditionnelles accumulées sur des générations, et dépendent directement de la biodiversité pour leur survie. 

Pourtant, ils sont systématiquement écartés des décisions relatives à l'usage des terres et à l'extraction des ressources — marginalisés par des réglementations obsolètes et des pratiques d'entreprise irresponsables. 

La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones leur reconnaît des droits de propriété et de décision sur leurs territoires. Ces droits restent trop souvent ignorés par les gouvernements et les entreprises. 

Pour Natalia Yakovleva, la protection de la vie terrestre ne peut pas être dissociée de la justice sociale :

"La vie terrestre ne peut être protégée sans justice sociale et sans l'inclusion des communautés dans les décisions d'usage des terres." 

KEDGE et l'ODD 15 : une recherche au service de l'action

L'engagement de KEDGE sur l'ODD 15 se traduit par des travaux académiques rigoureux, ancrés dans des terrains concrets, et orientés vers des recommandations opérationnelles pour les entreprises, les régulateurs et les institutions internationales.

Natalia Yakovleva est coéditrice du Handbook on Extractive Industries and Sustainable Development, ouvrage de référence qui couvre les enjeux technologiques, industriels, sociaux et environnementaux de l'exploitation minière. 

À travers le Center for Sustainability de KEDGE, ses recherches contribuent à :

  • Analyser comment les entreprises intègrent — ou contournent — les politiques environnementales
  • Documenter les pratiques de dialogue entre industries extractives et communautés autochtones
  • Proposer des modèles de gouvernance qui conccilient développement économique et protection de la biodiversité
  • Promouvoir la responsabilité environnementale concrète, transparente et collaborative 

Repenser les modèles de développement : l'ODD 15 comme catalyseur

L'ODD 15 pose une question fondamentale aux acteurs économiques : comment concilier des priorités structurellement en tension — gains économiques de court terme, demande mondiale de minerais, et impératifs de protection de la biodiversité et des droits autochtones ? 

La réponse ne peut pas être uniquement technique. Elle exige des changements structurels à l'échelle des nations, des industries et des organisations. Elle suppose que la restauration des terres soit intégrée aux plans d'entreprise, que la biodiversité soit systématiquement protégée dans les processus décisionnels, et que les communautés locales disposent de moyens réels pour contester les pratiques irresponsables. 

Le Révélateur : quand les ODD entrent dans l'oral d'admission

L'engagement de KEDGE envers les Objectifs de Développement Durable ne commence pas après l'admission — il commence dès l'entretien de personnalité. Depuis 2024, les oraux d'admission du Programme Grande École s'organisent autour d'un dispositif inédit : le Révélateur.

Conçu pour révéler le potentiel et les qualités uniques de chaque candidat, le Révélateur structure l'entretien de 30 minutes autour d'un jeu de cinq cartes tirées au sort :

  • La carte Trait d'union — détermine l'un des 17 ODD auquel le candidat devra faire référence tout au long de l'entretien.
  • La carte Autoportrait — un mot pour guider la présentation du parcours personnel, en 3 minutes.
  • La carte Trait de pensée — une affirmation à défendre ou contredire, avec invitation à établir des liens avec l'ODD tiré.
  • La carte Trait d'action — un verbe d'action pour proposer des idées concrètes et originales en lien avec l'ODD.
  • La carte Trait d'esprit — un court paradoxe à explorer, qui révèle réactivité, adaptabilité et vivacité d'esprit. 

FAQ — Questions fréquentes sur l'ODD 15 et la recherche KEDGE

Qu'est-ce que l'ODD 15 ?

L'Objectif de Développement Durable n° 15, intitulé "Vie terrestre", vise à protéger, restaurer et promouvoir l'utilisation durable des écosystèmes terrestres. Il cible notamment la lutte contre la déforestation, la désertification, la dégradation des sols et la perte de biodiversité.

Pourquoi l'extraction de ressources menace-t-elle la vie terrestre ?

Les industries extractives transforment directement les paysages par des exploitations à ciel ouvert ou souterraines. Elles perturbent la biodiversité, les systèmes hydriques et les sols, et affectent durablement les communautés locales qui dépendent de ces territoires. D'ici 2060, l'extraction mondiale de ressources devrait doubler, aggravant ces impacts. 

La transition énergétique résout-elle le problème de la surextraction ?

Non. La transition vers les véhicules électriques, l'automatisation et le développement urbain augmente en réalité la demande en minerais. Le recyclage et le réemploi progressent, mais ne suffisent pas à compenser la croissance de la demande. L'extraction de ressources vierges va se poursuivre — l'enjeu est de mieux la gouverner. 

Quel est le lien entre ODD 15 et droits des peuples autochtones ?

Les peuples autochtones disposent de connaissances écologiques essentielles et dépendent directement de la biodiversité. Ils sont pourtant fréquemment exclus des décisions sur l'usage des terres. La protection de la vie terrestre implique de garantir leurs droits fonciers et de décision, reconnus par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. 

Comment KEDGE contribue-t-elle à l'ODD 15 ?

KEDGE s'implique à travers les recherches de son Center for Sustainability, dirigé par Natalia Yakovleva. Ses travaux analysent la gouvernance des industries extractives, les pratiques de responsabilité environnementale des entreprises et les relations entre industrie et communautés autochtones. KEDGE forme également des étudiants à repenser les modèles d'affaires pour intégrer la protection de la biodiversité. 

Qu'est-ce que le Handbook on Extractive Industries and Sustainable Development ?

Il s'agit d'un ouvrage académique de référence, coédité par Natalia Yakovleva, qui traite des enjeux technologiques, industriels, sociaux et environnementaux liés à l'exploitation minière et à la durabilité. Il constitue un outil de référence pour les chercheurs, les décideurs et les professionnels du secteur.